
par
Mamisoa Andriantafika
Le 12 août 2026, une éclipse solaire exceptionnelle sera visible depuis la Belgique. En début de soirée, la Lune passera devant le Soleil et masquera près de 90 % de son disque. Ce sera la plus grande éclipse partielle visible chez nous depuis l'éclipse de 1999.
Le spectacle sera magnifique, et il peut être observé en toute sécurité. Une seule règle suffit : si vos yeux sont dirigés vers le Soleil, vos lunettes d'éclipse doivent être devant vos yeux. Cet article explique pourquoi cette règle protège votre rétine, quelles lunettes utiliser et comment profiter de l'éclipse avec toute la famille.
Le mercredi 12 août 2026, la Lune commencera à mordre le disque solaire vers 19 h 20. Le maximum de l'éclipse se produira vers 20 h 15 : la Lune masquera alors près de 90 % du Soleil. Le Soleil se couchera ensuite encore partiellement éclipsé.
Le phénomène se déroulera donc avec un Soleil déjà bas sur l'horizon. Pour bien l'observer, il faudra disposer d'une vue dégagée vers l'ouest et le nord-ouest : un point haut, une grande place, un champ ou une terrasse orientée dans la bonne direction.
L'observation est parfaitement possible, à condition de respecter une règle simple. Il faut mettre les lunettes d'éclipse avant de tourner le regard vers le Soleil, et détourner complètement les yeux avant de les retirer. Cette règle reste valable pendant toute la durée de l'éclipse.
Si vous regardez le Soleil, vos lunettes d'éclipse doivent être devant vos yeux.

Cette consigne unique évite aussi toute ambiguïté liée aux images d'éclipses totales. Vous n'avez pas à estimer vous-même le moment où le Soleil serait « suffisamment caché ». En Belgique, l'éclipse restera partielle du début à la fin : il n'existera aucun moment où le Soleil pourra être regardé sans filtre.
La Lune est 400 fois plus petite que le Soleil, mais 400 fois plus proche : leurs tailles apparentes sont presque identiques.
Une éclipse solaire se produit lorsque la Lune passe entre la Terre et le Soleil. La Lune est environ 400 fois plus petite que le Soleil, mais elle est aussi environ 400 fois plus proche de nous. Vue depuis la Terre, sa taille apparente est donc très proche de celle du Soleil. Dans certaines circonstances, elle peut masquer une partie du disque solaire ou, depuis certaines régions du monde, sa quasi-totalité.
L'ombre de la Lune projetée sur la Terre est étroite. Les personnes situées dans cette bande peuvent observer une éclipse totale. En dehors de cette bande, la Lune ne masque qu'une partie du Soleil et l'éclipse est dite partielle.
C'est ce qui se produira en Belgique le 12 août 2026. La bande de totalité traversera notamment l'Islande et le nord de l'Espagne. Chez nous, l'éclipse restera partielle, avec une occultation maximale proche de 90 %.
Le schéma classique Soleil-Lune-Terre montre deux zones : l'ombre, étroite, où l'éclipse est totale, et la pénombre, beaucoup plus large, où l'éclipse est partielle. La Belgique se trouvera dans la pénombre.

La partie du Soleil qui reste visible est toujours le Soleil. Lorsque 90 % du disque est masqué, les 10 % encore visibles gardent exactement la même intensité lumineuse. La luminance de la photosphère solaire ne diminue pas.
Le phénomène est même trompeur. L'environnement s'assombrit, la lumière semble moins agressive et l'envie de regarder directement le Soleil augmente. Le danger, lui, reste entier.
Les milieux optiques de l'œil concentrent la lumière solaire sur une zone minuscule de la rétine. Lorsque nous fixons le Soleil, son image se forme au niveau de la macula, et plus précisément de la fovéa, la région qui permet la vision fine, la lecture et la reconnaissance des détails.
L'American Astronomical Society le rappelle clairement : en dehors d'une zone de totalité, il n'existe aucun moment pendant une éclipse partielle où le Soleil peut être regardé directement sans filtre solaire adapté.
Même masqué à 90 %, le Soleil garde toute son intensité : les 10 % visibles suffisent à léser la rétine.
Mettez les lunettes avant de regarder vers le Soleil. Ne les retirez jamais tant que votre regard reste dirigé vers lui.
Pour l'éclipse du 12 août 2026, la question ne se pose même pas : il n'y aura pas de totalité en Belgique. Les lunettes sont donc nécessaires chaque fois que vous dirigez vos yeux vers le Soleil.
La confusion vient souvent des images d'éclipses totales. Pendant la phase de totalité, la photosphère solaire est entièrement cachée par la Lune, et la couronne, beaucoup moins lumineuse, devient visible à l'œil nu. Cette situation ne concernera pas la Belgique.
Transformer cette exception en consigne pour le grand public pose un vrai problème pratique. Comment savoir avec certitude à quel instant le dernier fragment de photosphère disparaît, et surtout anticiper celui où il va réapparaître ? Si vous attendez de voir la première lumière solaire pour remettre les lunettes, cette lumière a déjà atteint votre rétine.
Un coup d'œil très bref ne provoque pas automatiquement une lésion. La toxicité dépend de l'intensité lumineuse et de la durée d'exposition. Mais attendre de percevoir la lumière pour se protéger est une mauvaise stratégie de prévention. Une consigne unique est beaucoup plus sûre, et elle tient en deux gestes.
| Pour interrompre l'observation | Pour reprendre l'observation |
|---|---|
| 1. Gardez les lunettes devant vos yeux. | 1. Remettez les lunettes. |
| 2. Détournez complètement le regard du Soleil. | 2. Vérifiez qu'elles couvrent bien les deux yeux. |
| 3. Retirez ensuite les lunettes. | 3. Tournez seulement ensuite le regard vers le Soleil. |
On parle souvent de « brûlure de la rétine ». L'image est parlante, mais elle décrit mal le mécanisme réel. Dans la rétinopathie solaire, les données actuelles indiquent que la phototoxicité, en particulier photochimique, joue le rôle principal. La lumière concentrée déclenche des réactions photo-oxydatives qui endommagent les cellules de l'épithélium pigmentaire et les photorécepteurs.
La zone la plus touchée est la fovéa, puisque c'est précisément sur elle que l'image du Soleil se forme lorsque nous le fixons.
À l'OCT maculaire, on observe des anomalies des couches externes de la rétine, avec une atteinte de la zone ellipsoïde et des autres structures correspondant aux photorécepteurs.
Cette atteinte porte plusieurs noms : rétinopathie solaire, maculopathie solaire, rétinopathie photique, ou encore rétinopathie d'éclipse lorsqu'elle survient après l'observation d'une éclipse. Il ne s'agit pas de maladies différentes. Ces appellations désignent la même lésion phototoxique de la rétine, provoquée par la fixation d'une source lumineuse trop intense.
La lumière concentrée sur la fovéa provoque des réactions photo-oxydatives qui endommagent les photorécepteurs.

Rétinopathie solaire chronique des deux yeux. À gauche, le fond d'œil. À droite, les coupes OCT : les flèches rouges indiquent la perte des couches externes au centre de la fovéa.
L'OCT est l'examen clé de cette pathologie. Il visualise couche par couche la rétine centrale et met en évidence, au centre de la fovéa, l'interruption des couches externes des photorécepteurs, dont la zone ellipsoïde. Cette perte localisée est la signature typique de la rétinopathie solaire, même quand le fond d'œil paraît presque normal.
La rétine ne possède pas de récepteurs de la douleur : une lésion peut s'installer sans aucune sensation de brûlure.
C'est l'un des aspects les plus trompeurs de la rétinopathie solaire. Contrairement à la cornée ou à la peau, la rétine ne possède pas de récepteurs de la douleur. Une lésion rétinienne peut donc se constituer sans aucune sensation désagréable au moment de l'exposition.
L'absence de douleur ne signifie donc absolument pas que l'observation est sans danger. Les symptômes apparaissent en général dans les heures qui suivent l'exposition, parfois le lendemain. L'atteinte touche souvent les deux yeux, de façon parfois asymétrique.
| Symptôme possible | Comment il se manifeste |
|---|---|
| Vision centrale floue | Les détails fins et la lecture deviennent difficiles. |
| Scotome central ou paracentral | Une tache sombre ou grise apparaît au centre de la vision. |
| Métamorphopsies | Les lignes droites semblent ondulées ou déformées. |
| Baisse de contraste | Les images paraissent délavées, moins nettes. |
| Dyschromatopsie | La perception des couleurs est altérée. |
| Photophobie | La sensibilité à la lumière augmente. |
La récupération est fréquente, au moins partielle. De nombreux patients retrouvent une bonne acuité visuelle dans les semaines ou les mois qui suivent l'exposition.
Récupérer l'acuité visuelle ne signifie pourtant pas revenir complètement à l'état antérieur. Certaines personnes gardent un petit scotome central, une déformation des images, une gêne à la lecture ou une baisse de la qualité visuelle. Des anomalies des photorécepteurs peuvent rester visibles à l'OCT alors que l'acuité mesurée est redevenue normale.
Les cas documentés après l'éclipse d'avril 2024 en Amérique du Nord l'illustrent bien : des lésions structurelles persistaient à l'OCT plusieurs mois après l'exposition, malgré une acuité visuelle relativement préservée.
Aucun traitement n'a démontré de manière fiable sa capacité à réparer des photorécepteurs lésés. La prévention reste donc essentielle.
Aucun traitement ne répare les photorécepteurs lésés : la seule vraie protection est la prévention.
Choisissez des lunettes conformes à la norme ISO 12312-2, achetées auprès d'un fournisseur fiable.
Il faut utiliser des lunettes spécialement conçues pour l'observation directe du Soleil et conformes à la norme internationale ISO 12312-2.
Une précision utile : l'expression « lunettes certifiées ISO » est trompeuse. L'ISO publie la norme mais ne certifie aucun produit elle-même. La simple mention « ISO 12312-2 » imprimée sur une monture n'est donc pas une garantie : n'importe quel fabricant peut l'imprimer. L'American Astronomical Society recommande d'acheter ses lunettes auprès de fabricants et de fournisseurs dont les produits ont réellement été testés, et publie une liste de vendeurs vérifiés.
Avant l'observation, vérifiez l'état du filtre. N'utilisez pas de lunettes dont le filtre est rayé, percé, déchiré, décollé de la monture ou visiblement abîmé.
Des lunettes conformes et bien conservées peuvent en revanche être réutilisées. Les anciennes consignes qui imposaient de les jeter après trois ans, ou de limiter chaque observation à trois minutes, sont considérées comme obsolètes pour les filtres modernes conformes et en bon état.
Des lunettes de soleil ordinaires ne sont jamais suffisantes, même très foncées, même de catégorie 4. Elles sont conçues pour regarder un environnement éclairé par le Soleil, pas pour fixer sa photosphère. Un filtre d'éclipse conforme transmet environ 100 000 fois moins de lumière qu'un verre solaire classique.
Il ne faut pas non plus improviser un filtre avec un matériau qui « semble » foncé. Un film de radiographie, un CD, un verre fumé ou une couverture de survie bloquent la lumière visible de façon inconnue et laissent souvent passer l'infrarouge.
Un mot sur les masques de soudure : certains filtres fixes de teinte très élevée atteignent techniquement une atténuation compatible avec l'observation solaire. Les masques réglables ou à obscurcissement automatique, eux, ne conviennent pas : leur teinte peut être insuffisante ou mal réglée. Pour le grand public, des lunettes d'éclipse conformes restent la solution la plus simple et la plus sûre.
Un filtre d'éclipse conforme transmet environ 100 000 fois moins de lumière que des lunettes de soleil.
| Dispositif | Observation directe du Soleil |
|---|---|
| Lunettes d'éclipse conformes ISO 12312-2, source fiable | ✅ Oui |
| Visionneuse solaire spécialement conçue à cet effet | ✅ Oui |
| Projection par sténopé | ✅ Oui, car on ne regarde pas le Soleil |
| Lunettes de soleil classiques, même de catégorie 4 | ❌ Non |
| Plusieurs lunettes de soleil superposées | ❌ Non |
| Verre fumé ou noirci | ❌ Non |
| Film de radiographie, négatif photo | ❌ Non |
| CD, DVD, couverture de survie | ❌ Non |
| Filtre photographique ND non prévu pour le Soleil | ❌ Non |
| Masque de soudure automatique ou réglable | ❌ Non |
| Jumelles ou télescope sans filtre solaire frontal | ❌ Extrêmement dangereux |
Porter des lunettes d'éclipse derrière des jumelles ou un télescope ne protège pas.
Avec un instrument grossissant, le danger augmente encore. Des jumelles ou un télescope concentrent la lumière solaire vers l'œil.
Porter des lunettes d'éclipse derrière des jumelles ou derrière un télescope ne constitue pas une protection. Le rayonnement concentré peut détruire le filtre en quelques secondes et exposer l'œil à une quantité considérable d'énergie lumineuse. La NASA avertit que regarder le Soleil à travers un appareil photo, des jumelles ou un télescope sans filtre solaire spécialisé placé à l'avant de l'instrument peut provoquer une lésion oculaire sévère.
Un filtre destiné à un instrument doit être conçu spécifiquement pour l'observation solaire, placé devant l'objectif, avant que la lumière n'entre dans l'instrument, et solidement fixé.
La norme ISO 12312-2 concerne principalement les visionneuses non grossissantes utilisées directement devant les yeux. Elle ne vaut pas certification universelle pour les filtres de télescopes ou de téléobjectifs.
Il existe une méthode très simple pour observer l'éclipse sans jamais diriger les yeux vers le Soleil : la projection par sténopé.
Prenez un morceau de carton et percez-y un petit trou. Placez-vous dos au Soleil et laissez la lumière traverser le trou pour se projeter sur une feuille blanche ou sur le sol. Une petite image du disque solaire apparaît. Pendant l'éclipse, cette image prend progressivement la forme d'un croissant.
Il ne faut évidemment jamais regarder le Soleil à travers le trou. Le trou n'est pas un filtre : il sert uniquement à projeter une image.
Le phénomène s'observe même sans aucun matériel, sous un arbre ou à travers une passoire de cuisine, qui fonctionne exactement sur le même principe.
Avec un sténopé, on tourne le dos au Soleil : c'est la seule méthode sans aucun risque pour les yeux.
Pour les écoles, les familles et les groupes, la projection reste la solution la plus tranquille : tout le monde regarde la même image projetée, personne ne regarde le ciel.


Sous un arbre, l'effet se produit tout seul. Chaque interstice entre les feuilles se comporte comme un sténopé et projette au sol sa propre image du Soleil. Pendant l'éclipse, les taches de lumière rondes habituelles se transforment en dizaines de petits croissants.
Un enfant qui observe l'éclipse doit être surveillé en permanence par un adulte.
Avec les enfants, la règle doit être encore plus stricte. Un enfant a naturellement envie de retirer les lunettes pour « voir si c'est différent », ou de les déplacer devant ses yeux. Il doit donc être surveillé directement pendant toute l'observation.
Avant de le laisser regarder l'éclipse, mettez-lui les lunettes, vérifiez qu'elles couvrent bien les deux yeux, et demandez-lui seulement ensuite de tourner la tête vers le Soleil. S'il veut retirer les lunettes, faites-lui d'abord baisser ou détourner le regard.
Pour les jeunes enfants, la projection par sténopé est souvent la solution la plus simple et la plus amusante.
Un regard accidentel ne provoque pas automatiquement une rétinopathie solaire. Mais il ne faut surtout pas « vérifier » en regardant à nouveau le Soleil.
Contrôlez plutôt votre vision à l'abri du Soleil. Comparez les deux yeux séparément, en cachant un œil puis l'autre, devant un texte ou une grille de lignes régulières.
Si un symptôme visuel apparaît et persiste après l'exposition, ne surveillez pas l'évolution pendant plusieurs jours : consultez rapidement. Un examen chez un ophtalmologue dans les 24 à 48 heures permet d'écarter une autre cause et de documenter la lésion à l'OCT, ce qui devient plus difficile ensuite.
Les signes qui doivent amener à consulter sont une baisse persistante de la vision, une tache centrale, une zone de texte qui disparaît, des lignes déformées, une nouvelle différence entre les deux yeux ou une perception inhabituelle des couleurs.
Le fond d'œil peut paraître presque normal, surtout dans les formes légères ou précoces. L'OCT maculaire visualise en revanche très précisément les couches externes de la rétine et les photorécepteurs atteints.
En cas de tache centrale, de lignes déformées ou de vision floue persistante, consultez sans attendre.
Vous voulez regarder le Soleil ? Mettez les lunettes avant de lever les yeux. Détournez le regard avant de les retirer.
L'éclipse solaire du 12 août 2026 sera l'un des phénomènes astronomiques les plus spectaculaires visibles depuis la Belgique depuis de nombreuses années. Elle n'est pas dangereuse si elle est observée correctement.
La difficulté apparaît quand on multiplie les exceptions, les durées supposées acceptables et les règles compliquées. Une seule consigne suffit : les lunettes avant de lever les yeux, le regard détourné avant de les retirer.
En Belgique, l'éclipse restera partielle du début à la fin. Il n'y aura donc à aucun moment de raison de regarder le Soleil sans filtre. Avec des lunettes d'éclipse conformes ou une projection par sténopé, vous profiterez pleinement du spectacle, sans transformer un événement astronomique exceptionnel en accident ophtalmologique.
Le secrétariat téléphonique est disponible de 9:00 à 17:30.
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