Myopie et lumière intérieure : la rétine au cœur du problème ?

Picture of the author Mamisoa Andriantafika par Mamisoa Andriantafika

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Une étude publiée dans Cell Reports en 2026 propose une nouvelle hypothèse sur les mécanismes de la myopie : ce ne seraient pas les écrans en eux-mêmes qui favoriseraient son développement, mais bien la réduction de la lumière atteignant la rétine lors d'un travail de près prolongé en environnement intérieur peu éclairé.

Des chercheurs du SUNY College of Optometry (New York) montrent que la constriction pupillaire liée à l'accommodation — ce réflexe naturel qui rend l'image nette de près — serait plus prononcée chez les myopes, réduisant encore davantage l'illumination rétinienne.

L'hypothèse de la lumière rétinienne

La constriction pupillaire lors du travail de près en intérieur réduirait la lumière atteignant la rétine et favoriserait ainsi la progression de la myopie.

L'étude a été conduite sur 34 sujets (13 emmétropes et 21 myopes) au moyen d'une lentille électriquement accordable induisant un défocus optique de -5 dioptries. Les participants devaient maintenir une image nette en augmentant la puissance de leur cristallin — le processus d'accommodation. Les chercheurs ont mesuré simultanément la vergence oculaire et la constriction pupillaire à différents niveaux de contraste.

Résultat clé : les deux fonctions visuomotrices augmentent avec le contraste, que le stimulus soit lumineux (voie ON) ou sombre (voie OFF). La sensibilité au contraste est plus élevée pour les stimuli sombres (voie OFF) que pour les stimuli lumineux (voie ON), ce qui est l'inverse de ce qui est observé pour la détection visuelle simple.

La myopie : une épidémie mondiale

La myopie a atteint des proportions quasi épidémiques. En Europe et aux États-Unis, elle touche environ la moitié des jeunes adultes ; dans certaines régions d'Asie de l'Est, les taux de prévalence atteignent 90 %. Si des facteurs génétiques interviennent, l'augmentation rapide observée sur quelques générations seulement pointe clairement vers des facteurs environnementaux.

Parmi ces facteurs, les activités de travail de près — lecture, smartphones, tablettes — sont souvent incriminées. Mais cette nouvelle hypothèse affine le raisonnement : ce n'est pas l'écran en soi qui serait problématique, mais la combinaison d'un effort visuel de près dans un environnement intérieur faiblement éclairé. Une telle situation réduit la quantité de lumière atteignant la rétine, ce qui pourrait déclencher les mécanismes de croissance axiale de l'œil responsables de la myopie.

La rapide augmentation de la myopie sur quelques générations pointe vers des facteurs environnementaux, au-delà de la seule prédisposition génétique.

Les myopes présentent une constriction pupillaire accommodative plus forte que les emmétropes, ce qui réduit davantage la lumière atteignant leur rétine.

L'étude démontre que chez les myopes, la vergence oculaire et la constriction pupillaire à l'accommodation sont toutes deux potentialisées par rapport aux emmétropes. De plus, ces réponses se renforcent progressivement au fil des essais répétés — un phénomène de potentialisation temporelle significativement plus marqué chez les myopes.

Autre découverte importante : les myopes présentent un déficit de la voie ON, réduisant la dominance de celle-ci dans la vergence accommodative. Enfin, la modulation de la constriction pupillaire par les clignements des yeux — un mécanisme protecteur activant la voie ON — est altérée chez les myopes, ce qui pourrait priver leur rétine d'un apport lumineux supplémentaire lors des pauses naturelles de la vision.

Prévention : l'éclairage fait la différence

Enfant myope portant des lunettes

Cette hypothèse permettrait d'expliquer l'efficacité de plusieurs stratégies de prévention déjà reconnues : le temps passé en extérieur (lumière intense même à pupille contractée), les verres à défocus positif, l'atropine (qui dilate la pupille et augmente ainsi l'illumination rétinienne), ou encore la réduction du contraste. Toutes réduisent la constriction pupillaire accommodative et/ou augmentent la lumière rétinienne.

Si ces résultats se confirment, les recommandations pratiques devraient aller au-delà de la seule limitation du temps d'écran : une bonne luminosité lors des activités de lecture en intérieur et des pauses régulières à l'extérieur seraient des mesures préventives simples et accessibles pour freiner la progression de la myopie chez l'enfant.

Source : Human accommodative visuomotor function is driven by contrast through ON and OFF pathways and is enhanced in myopia — Urusha Maharjan, Hamed Rahimi-Nasrabadi, Sabina Poudel, Farzaneh Olianezhad, Jianzhong Jin, Mitchell W. Dul, Jose-Manuel Alonso — Cell Reports, 24 février 2026

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